Ma zone de confort

J’ai tellement d’aisance à écrire des textes courts à la rime facile.
Ce n’est même pas un exercice pour moi, c’est juste le prolongement de mon bras.
Je n’ai pas à réfléchir, je n’ai pas à me poser mille questions. Les mots viennent d’eux-mêmes se poser sur le papier. Ils me prennent tellement peu de temps à s’écrire que c’est à la limite du naturel inquiétant. Ceux qui sont sur ce blog, par exemple, me prennent en tout et pour tout 15 minutes de rédaction maximum.
Les textes un peu plus longs comme certains de l’espace abonné ne me demandent pas plus d’une heure grand max.
Parfois c’est bon, parfois non mais tous existent.

Mes interrogations

Moi qui freine la longueur de mes mails pour ne pas les transformer en lecture de 15 pages, me voilà à ne pas réussir à écrire une histoire !

Des textes, comme je l’ai déjà dit et répété, j’en ai beaucoup. Mais avoir beaucoup de textes ne signifient pas que je puisse en faire des publications à l’état brut ! Ha ben non, ou alors ce serait des publications de brouillons, de textes inachevés, dans tous les cas des textes non travaillés.
C’est peut-être vendeur mais, à moins de s’appeler Stephen King, je vois pas bien quel public ça peut intéresser.

Pourquoi est-ce si simple d’aligner les mots pour de la poésie et pourquoi je rechigne à écrire des histoires, des nouvelles, qui me tiennent à cœur ? Pourquoi ce qui est si évident dans un cas devient problématique dans un autre ?
Qu’est-ce que je loupe ? Qu’est-ce que je n’ai pas compris ?
Qu’est-ce que je trouve de compliquer à écrire sans rime, dans un espace plus long qui ferait une histoire même courte ? Pourquoi est-ce que je trouve cette « formule » inconfortable ?  Qu’est-ce qui me gêne dans cet exercice qui me demande un effort ? Pourquoi est-ce que ça me demande un effort ?
J’ai fini de me torturer l’esprit avec ces questions : Suis-je faite pour écrire autre chose que de la poésie ? Ais-je les compétences pour être auteur ? Sais-je seulement écrire ? Dans quel état gère encore une fois…

Je pense avoir trouvé un début de réponse.

Je dis sans certitude aucune que c’est un début de réponse  parce qu’il me faut la tester avant de pouvoir affirmer que c’est LA solution.

Sur les conseils d’une consœur d’atelier, j’ai posé ces questions avant de sombrer dans le sommeil alors que je m’apprêtais à dormir puis une question en a amenée une autre puis une autre etc.
Et là j’ai compris ce qui suit.
Mes petits textes courts me viennent naturellement comme expliqué plus haut, et tout ce qui touche à l’écriture en général se fait spontanément.
Le seul moment où je réfléchis à comment je dois écrire c’est quand je me mets à faire une histoire.
Le seul moment où je m’interroge sur le pourquoi du comment de mon texte c’est quand j’écris une histoire.
Et le seul écrit que je n’aboutis pas c’est cette fameuse histoire pour laquelle je m’interroge trop, pour laquelle je m’interroge tout court.
Je veux tellement bien faire qu’au bout du compte je ne fais rien dans la durée.
J’ai pris conscience que j’attendais de mon premier jet une version finalisée.
Le dernier atelier d’Anaël a une fois de plus ouvert des portes. Je suis juste un peu longue à la détente mais ça c’est pas nouveau.
Lors de ce même atelier j’ai compris la subtilité de ce fameux premier jet, mon cerveau avait besoin de l’assimiler pour l’appliquer dans ma réalité.

Association atelier/expérience

Je me suis alors souvenue d’une expérience qui date de l’année dernière. Je passais le week-end chez un ami que je vois peu. Il fait de la photo noir et blanc. Prise de vue, tirage et développement bref la totale dans son atelier photo (labo ?)
Je lui ai posé nombre de questions et il m’a mise à contribution pour que je comprenne de quoi il parle. J’ai donc fait mes premiers développements à ses côtés.

A l’évocation de ce souvenir – qui m’est apparu sans trop savoir pourquoi – une évidence s’est imposée à moi. L’écriture n’est autre qu’un développement photo. Il y a le choix du filtre, la lumière, le temps de pause dans les bains et j’en passe (je connais pas les termes et je voudrais pas passer pour la noob++ de la pellicule). J’avais besoin  de cette expérience concrète où j’ai pu décomposer chaque étape de la réalisation (toucher de mes mains, manipuler, tester des filtres, choisir des temps de pause…) avant de voir la photo apparaître sur le papier.

J’ai trouvé l’image, la métaphore, qui correspond à ce que je fais. Et cette image va m’aider à avancer dans mon travail d’écriture d’histoires.

Je dis donc gratitude, infinie gratitude pour l’assemblage de tous ces éléments qui mit bout à bout me donne une vision plus claire de ce que je fais, de ce que je dois faire et comment je dois le faire.
J’avais juste besoin de me rappeler qu’il faut trier les informations et les adapter à ce que je sais déjà faire.

Voyons voir maintenant s’il est toujours inconfortable pour moi d’écrire une nouvelle. Je vais démarrer par petit pour vérifier ma théorie, en ciblant un texte d’une dizaine de pages.

Je sais que je peux le faire.

 

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