Me retrouver dans les transports en commun et m’apercevoir qu’à l’instar des autres, je fais grise mine. La même gueule de con que ceux que je regarde. Je me fais flipper. J’ai peur d’être devenue triste au plus profond de moi. D’avoir perdu le mode d’emploi du sourire et du rire. Un peu comme si on m’avait flanqué un miroir devant le nez et qu’on me disait “ tu vois, t’es pas mieux, t’es même plutôt pire”. En fait, si ! J’ai entendu cette petite voix, celle de la conscience, me dire cette phrase.
J’ai pris ma zapette cérébrale et je suis passée à autre chose…

 

J’ai alors pensé à “où” j’allais et tout le reste du trajet j’avais envie d’être partout à la fois (les Champs, au ciné, à l’expo, à Bercy village, voir la Tour Eiffel, m’arrêter au Paradis du fruit aussi…) pour au final n’être nulle part.
Un peu comme ces enfants devant une vitrine de bonbons. Les yeux brillants, ils les désirent tous alors qu’ils savent qu’ils ne doivent en choisir qu’un.
Difficile de choisir quand tout nous fait envie.

 

A la sortie du métro je vois l’affiche de l’exposition pour laquelle j’ai fait le déplacement.

Après avoir fait un tour sur moi même, j’ai eu besoin de prendre mes repères, le temps de savoir où je me suis perdue pour mieux me retrouver et affronter l’extérieur, la foule, la vie…
Je décide donc de ne pas faire l’expo tout de suite et d’aller me balader.
Je remontes les Champs. Il fait beau, il fait chaud, trop chaud pour l’attirail que j’ai sur le dos et qui finit très rapidement sous mon bras.

Acheter un paquet de clopes. En allumer une pour me tenir compagnie, me sécuriser.
Se souvenir que le dernier repas date de plus de 24h et s’arrêter prendre un sandwich et un café.
Regarder par la fenêtre sans rien voir vraiment.
Réfléchir et prendre la décision d’oublier sur un banc la charge qui m’encombre. Me sentir libérée d’y avoir songé. Me sentir libérée de savoir que je le ferai.
Se délester, voilà l’idée. Un poids de moins. Comme un fardeau qu’on laisse derrière soit. Tout un symbole pour cette nouvelle émancipation.

Avec les gens de passages, ces individus dont on ne se souvient ni le visage, ni la voix, je parle bas, inhérence à ma timidité, et je m’amuse de voir les gens tendrent l’oreille. D’autant que j’ai la fâcheuse manie de dire “bonjour, merci, au revoir, bonne journée” ce qui engendrent des sourires souvent surpris, toujours agréables.

Rejoindre de nouveau les trottoirs pour me mêler à la foule. Décidée à “perdre” quelques instants dans l’espace vert situé face au Grand Palais, j’ai réussi à me retrouver complètement ailleurs…
Sans le vouloir, mes pas m’ont emmené ici… face à la grande dame !

C’est alors que j’ai su que je pouvais aller partout sans être nulle part, bien au contraire.
J’ai adoré ce moment là. Une magie qui m’a littéralement dépassée. Comment j’avais réussi ça ? Qu’est-ce que je faisais là ? Aucune idée, j’y étais et c’était tout le principal à retenir.
Mais je n’étais pas venue La voir. Mes projets et mes envies étaient ailleurs.

Rebrousser chemin pour arriver à destination.

M’asseoir sur un banc isolé, caché dans un coin ombragé. En retrait parmi les autres. C’est là que l’oubli aura lieu.

Oui, il ne s’agit que de mon manteau. Non, ce n’est pas qu’un vêtement, c’est au-delà de ça. Une deuxième peau, fruit de ma mue.

 Déchargée, je retrouve le sourire. Ce sourire qui me manquait tant et qui me rend légère à la vie.
Non, messieurs dames, je ne vous ressemble pas. Merci !

Rester là encore un peu. Se sentir bien. Apprécier tout : les passants, le soleil qui filtre à côté, le bruit, moi.
Ce renouveau qui s’approche lentement et que j’attends patiemment. Cette promesse d’un lendemain plus beau, plus gaie, plus juste, plus vivant.

 

Maintenant je peux voir l’expo. Je suis prête.

1ère salle : Une femme toute mimi, est venue à ma rescousse face à mon air égaré devant une œuvre dont je ne percevais pas le deuxième sens.
Merci madame, sans vous je passais à côté du lapin si facilement identifiable finalement.
L’expo démarrait, j’étais bien.

La vidéo de Dali m’a fait grandement sourire.
Ses œuvres sont toutes aussi magnifiques. C’est intéressant de voir le cheminement utilisé pour arriver à l’aboutissement de son travail. J’adore ce peintre et ses peintures donc oui, je suis restée longuement dans cette salle.

Les anamorphoses tridimensionnelles m’ont simplement bluffé. Une toile avec une multitude d’informations imbriquées les unes dans les autres et qui te donnent une image très nette et plus précise quand tu la regarde d’un point de vue de l’arête du cadre. Juste hallucinant.

Et ces images que j’aurais tellement aimé photographier. Celles qui représentent un personnage puis tout autre chose quand tu fais le tour du support. Pas simple à expliquer. Le mieux est de voir ça une fois dans sa vie pour comprendre…

Et ces jeux d’ombres, de reflets dans le miroir qui ne correspondent pas du tout à ce que l’oeil voit au prime abord. Par exemple, cette sculpture représentant un chapeau et qui dans le miroir donne un canard !

Enfin bon, il y a 22 salles à visiter comme ça. On va de surprises en surprises et même si l’oeil et notre perception se sont habitués à ce jeu de recherche et de compréhension par différents points de vue, on est toujours émerveillés par le travail de l’auteur, les techniques utilisées.

Je vous recommande cette expo. On n’a vraiment pas le temps de s’ennuyer.
Pour ma part, je suis restée plus de 2h30 à y déambuler. A la fin, j’avoue que mes yeux ne voyaient plus grand chose…

Et puis… rentrer. Refaire le chemin inverse.
Reprendre le métro et le train à l’heure de pointe. La foule ne m’effraie pas. Je la regarde avec curiosité et amusement.
J’ai même un éclat de rire dans les couloirs du métro, lors d’un changement. Un petit vieux, au croisement de 5 couloirs, s’écrit “Mais je suis complètement paumé là !!!” alors que je me rendais compte que moi aussi je tournais en rond pour trouver la bonne voie !
J’aurais pu l’aider, tenter de l’aiguiller. Je n’en avais pas envie. J’ai eu quelques remords j’avoue, mais ils n’ont duré que quelques instants.

Dans le train croiser le sosie de mon ami d’enfance avec 10 ans de moins. Peut-être un signe qui me disait qu’il était toujours là et le serait toujours.


Enfin se retrouver dans ma ville. La ville où je vis, la ville où je travaille, la ville où j’espère trouver un logement, la ville que finalement j’aime pour ses évènements, ses festivals, ses petits et grands plaisirs. Ouais, je me plais bien ici.

    
 

Arriver devant chez moi, enfin chez lui maintenant.
Monter les marches.
Ouvrir la porte et…

… Ambiance.

Tout est anéanti en quelques minutes. Tout sauf ce que j’ai vécu. Tout sauf le bond en avant que j’ai fait en prenant milles précautions.
Tout sauf mon espoir de voir tout changer.

L’indépendante que j’étais s’est retrouvée. Elle n’a plus peur. Elle sait qu’elle peut encore. Elle a de nouveau confiance. En elle et en tout.

Cette part de bonheur, de joie et de liberté je me la dois.

Je suis au bout d’une route et j’ai pu constater que derrière ce n’est pas le vide qui m’attend mais un croisement en direction de la vie. De ma vie que je reprendrai en main.

J’ai adoré, aimé, tout ce que j’ai ressenti et vécu intérieurement. Ce n’est pas quantifiable, ni même explicable et carrément pas descriptible.

Tout est démêlé dans ma tête de piaf, tout respire le neuf. Putain je me sens bien.

Un retour pour mieux apprécier mon nouveau départ.

Amen.

 

11/06/2009

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