La folle journée de Margot

Rappel du fonctionnement des histoires participatives

La folle journée de Margot

©  2018 Coryne Vezien – Écrire… c’est toute une histoire !

Histoire participative où chaque épisode est créé avec les idées soumises par les internautes.
Un e-book gratuit, incluant le nom et le lien du site de chaque participant, sera proposé en téléchargement sur le blog quand l’histoite sera terminée.

Sommaire

  • Épisode 1 Par Coryne Vezien
  • Épisode 2  Par Coryne Vezien sur les idées de Béatrice, Milie et Marylin
  • Épisode 3  Par Coryne Vezien sur les idées de Marylin, Antoinette, Milie, Isabelle Minibulle et Camille
  • Épisode 4  Par Coryne Vezien sur les idées de Milie, Marylin, et Isabelle Minibulle
  • Épisode 5  Par Coryne Vezien sur les idées de Isabelle, Milie, Marylin, et Camille
  • Épisode 6 En cours d’écriture

     Épisode 1

Par Coryne Vezien

Ce matin Grishka a eu le bon goût de sursauter sur le ventre de sa maîtresse, toutes griffes dehors, quand le réveil à cloches s’est mit en branle.

C’est ronchon, les yeux mi-clos, que Margot éteint l’engin de torture. Une vieillerie pour beaucoup, une raison indéniable de se réveiller pour la jeune femme ! D’autant qu’elle a prit soin de le placer au plus loin de sa table de nuit, l’obligeant à se redresser sur le lit pour mettre fin au supplice. Quand on est grosse dormeuse, toutes les solutions sont bonnes pour ne pas se rendormir. Qui peut supporter cette sonnerie plus de 10 secondes ?

Tout en se dirigeant vers l’espace cuisine du loft pour se faire son premier café de la journée, elle se frotte mollement l’endroit où le chat a très certainement laissé ses traces. D’ailleurs, il lui signifie son mécontentement, pour cette nouvelle acquisition qui l’a sorti du lit de façon très inconvenante, par des miaulements incessants.

― ” Si t’es pas content, mon vieux, ce soir tu peux dormir dans ton panier ou sur le canapé.” lui répond la jeune femme d’une voix lente et rauque de quelqu’un qui serait bien resté dans les bras de Morphée.

Avec des gestes mécaniques, elle rempli le réservoir d’eau de sa cafetière, enclenche le bouton pour la chauffer, insère une dosette de café fort, positionne son mug et fait couler le nectar quand le voyant de la machine passe du rouge au vert. La bonne odeur qui s’en échappe fini de la réveiller.

Margot jette un coup d’œil par la fenêtre. La matinée promet d’être ensoleillée donc belle.
En avril ne te découvre pas d’un fil.  Ce vieil adage, cent fois répété par sa défunte grand-mère, raisonne encore dans son esprit.
Un sourire nostalgique sur le visage, elle éteint la cafetière et attrape son mug bouillant de café en répondant mentalement Les nuisettes sont autorisées toute l’année grand’ma.

Grishka n’en a pas terminé de ses plaintes et lui tourne autour. Margot mi- agacée, mi-amusée lui rétorque, en le chassant du bout de son chausson :

― “Arrête de geindre ! Si tu veux faire ta révolution je peux te donner le numéro de la S.P.A et tu pourras faire toutes les revendications que tu veux ! Allez, laisse moi passer maintenant.”

Le chat ne l’entend pas de cette oreille et revient à la charge. Il entame une danse entre les mollets de Margot et rend sa progression difficile pour rejoindre le canapé à quelques pas de là.

Alors qu’elle se prépare à poser sa tasse sur le rebord de la table basse, elle perd l’équilibre en voulant éviter de marcher sur le félin.

― “Grishka ! Tu fais ch…”

Elle n’a pas le temps de finir sa phrase que le mug se renverse en éclaboussant jambes nues, canapé et sol pendant que Margot fait des moulinets avec ses bras pour tenter de se redresser.
Peine perdue pour la jeune femme qui, en moins de deux, se retrouve les quatre fers en l’air.

Elle frotte l’une de ses brûlures tout en se relevant.

― “Si j’te chope tu vas avoir chaud aux mousta…”

La sonnerie de l’interphone l’arrête net. Surprise, elle regarde la pendule accrochée sur le mur de la cuisine.

07h15 ! Qui vient me voir à cette heure là ? se demande-t-elle. C’est sûrement une erreur ou un mauvais plaisantin.

Quelques secondes passent avant que le bip s’élève à nouveau.

Du café plein les chaussons, la nuisette tâchée, les tibias rouges, les cheveux en désordre elle hésite à décrocher.

― “Oui ? finit-elle par répondre”

 

   Épisode 2

Par Coryne Vezien sur les idées de Béatrice, Milie et Marylin

Margot n’a qu’une pensée en tête pour éclaircir les autres : boire Son café !
Satané chat, je suis toute “caféinée” de l’extérieur mais aucun bénéfice pour mon esprit. Je vais être grochon. Pourquoi ai-je répondu ?
Mais elle redit ” oui” ?
” Bonjour, je suis Maelle, Maelle Ledour”.
Margot cherche dans sa mémoire. Son café lui manque. Elle répète le prénom ” Maelle, Maelle”… Et d’un coup, les images : la Bretagne, un hiver où elle s’était offert ce moment de quiétude. La plage déserte. Sauf cette femme avec ce bonnet rigolo tout bariolé qui ramassait les coquillages, les bois flottés qu’elle déposait avec d’infinies précautions dans un sac orangé, attitude toujours penchée, amenant à sa vue ces trésors déposés ou ramenés par les flots. Et elle, Margot, assise sur ce rocher, laissant couler le temps, à contempler les gestes des vagues, posant ses yeux sur cette femme, qui, bien ancrée dans son plaisir de quête des formes et des matières, semblait à chaque instant, béate de ses trouvailles. Soudain, leurs regards s’étaient rencontrés…

Ho non ! Mazette pas elle !!! pense-t-elle instantanément.

― Ouvre Margot, j’ai apporté les croissants !

De dépit, elle appui sur le bouton de l’interphone.

Maelle entre dans l’appartement et voit, en refermant la porte laissée entrouverte, son hôte occupée à nettoyer le sol couvert de café.

― Visite surprise ! dit l’invitée en soulevant son sachet de viennoiseries.

― Bonjour Maelle, lance alors Margot d’un ton peu avenant tout en continuant de s’activer pour réparer les dégâts provoqués par Grishka. Que me vaut ta visite matinale ?

― Je passais dans le coin et j’ai eu envie de te faire un coucou. J’ai croisé ton voisin de palier. Il avait les bras chargés de cartons je l’ai laissé passer avec moi.

Mais qu’est-ce qu’elle raconte la vieille ? fût la première question que se pose Margot quand elle se décide enfin à faire face à son interlocutrice. Elle la dévisage rapidement. Sa tenue était le modèle parfait pour partir faire un footing.

― J’ai pas de voisin de palier.

― Maintenant si, répond Maelle avec un petit sourire en se dirigeant vers le comptoir de la cuisine pour y déposer les croissants et préparer un café.

Margot n’en croit pas ses yeux. La femme qu’elle a rencontrée à l’automne dernier se croit chez elle ! Tant de familiarité ne lui ressemble pas.

― Vas te préparer, je m’occupe du petit déjeuner. Ta première tentative a visiblement fini sur tes chaussons…

― Maelle qu’est-ce que tu fais ici ? On est loin des plages bretonnes.

― Jacques a une exposition dans une rue derrière les Champs-Élysées. Elle dure tout le mois et comme d’habitude je l’accompagne.

Jacques et Maelle sont mariés depuis bientôt trente ans. Il est peintre surréaliste. Ses tableaux sont confectionnés avec des matières comme les coquillages, feuilles mortes, sable… et sa rentière d’épouse le suit partout.

― Et tu es venue en faisant ton jogging de Paris jusqu’en Seine-et-Marne ?

Maelle éclate de rire devant le ton ironique de Margot.

― On est à l’hôtel dans le centre ville. C’est en feuilletant mon carnet d’adresses que j’ai réalisé que tu habitais ici et me voilà.

― Écoute Maelle, ta visite m’aurait sûrement fait plaisir si elle ne tombait pas si mal. J’ai vraiment pas le temps pour t’accueillir à bras ouverts et papoter.

― Ce matin je m’occupe de toi. Tu préfères boire ton café avant la douche ? Viens t’assoir alors, il est prêt.

La jeune femme s’exécute et prend place sur un des tabourets du comptoir, attrape la tasse que Maelle lui tend et boit une gorgée. L’odeur du café lui fait toujours cet effet : apaisement instantané.

― Pourquoi avoir choisit un hôtel si éloigné de l’expo ? finit-elle par demander.

― Parce que mon fils emménage ici. Tu sais, Thomas, je t’en avais parlé je crois.

― Il peut pas vous héberger ?

― Il vit dans les cartons !!! Jacques expose, Thomas et moi on déballe.

Quatre coups frappés à la porte. Margot jette un œil à l’horloge murale. 7h27.

― Ha ! Voilà Thomas, dit joyeusement Maelle en allant ouvrir.

― Quoi ? s’offusque Margot en se levant pour accueillir ce nouvel intrus.

L’homme qui pénètre dans l’entrée doit bien faire dans les 1.90 mètre, un géant ! Son visage est caché par une barbe de quelques jours mais qui semble soigneusement entretenue.  Il est vêtu d’un jean et d’un t-shirt tout ce qui a de plus banal.
C’est d’une voix rauque qu’il salue les deux femmes.
Margot se sent ridicule et honteuse avec sa nuisette tâchée et ses cheveux en vrac.

― J’en ai fini avec les cartons, dit-il avec le sourire, je vous remercie pour votre proposition de café.

― Venez vous joindre à nous Thomas… Ho suis-je bête ! Je vous présente Margot, ma fille.

― En fait je m’appelle Kais. Enchanté, dit l’homme en tendant la main à la jeune femme.

― Mais enfin Maelle, qu’est-ce que tu racontes ???

― Tu pourrais au moins saluer notre invité !

― Nôtre invité ? Mais tu délires ! Jacques sait que tu es ici ?

― Évidemment ! C’est lui qui m’a déposé en voiture.

― Je vois que je vous dérange, je vais retourner déballer mes cartons s’empresse de dire Kais en voyant le malaise provoqué par son arrivée.

― Mais non, Thomas, restes avec nous et prenons ce café.

― Maelle, ce monsieur que tu as invité chez moi ne s’appelle pas Thomas et je ne suis pas ta fille !!!

― Tu ferais bien d’aller te changer, tu ne crois pas ? Regardes moi dans quel état tu reçois notre nouveau voisin !

Margot, affolée, plaque une main sur sa tête.
L’horloge affiche 7h29. Dans 31 minutes elle a rendez-vous avec un potentiel nouveau client sur skype pour un contrat de retranscriptions et la voilà entourée d’un homme qu’elle ne connait pas et d’une femme qui a perdu la tête !!!

Grishka, que la curiosité a fait sortir de sa cachette, a prit place sur le canapé et regarde cette scène étrange se dérouler devant lui.

 

 Épisode 3 

Par Coryne Vezien sur les idées de Marylin, Antoinette, Milie, Isabelle Minibulle et Camille

La situation, déjà surréaliste, prend une nouvelle tournure quand la jeune femme se met à entendre son chat lui parler.

― Ta panique te fait perdre du temps. Dans l’absolu, tu dois te préparer pour ton rendez-vous et mettre tous ces gens dehors pour optimiser ton entretien.

Margot pense perdre la tête. Elle regarde rapidement les deux indésirables qui se dirigent vers le bar de la cuisine et qui ne semblent pas avoir entendu un moindre mot venu de Grishka.

Elle voit Kais, très mal à l’aise, accepter le café que lui propose Maëlle.

La jeune femme se rapproche du félin et, tout en lui caressant la tête, lui demande tout bas :

― J’ai rêvé ou tu m’as parlé ?

― As-tu vraiment le temps pour ce genre de questions ?

― Mais pourquoi je ne t’ai jamais entendu avant ?

― Plus tard nous reparlerons de tout ça si tu le souhaites, dans l’immédiat tu as d’autres priorités et notamment celle de penser à toi.

Grishka sourit alors dans sa moustache et commence à se lécher le poil consciencieusement.

Totalement désarçonnée Margot rejoint ses pseudo invités dont l’un est en plein petit déjeuner et l’autre en mode nettoyage de la machine à café.

― Je suis désolée de faire votre connaissance dans ces conditions, dit la jeune femme sur le ton de la confidence en prenant place à côté de son nouveau voisin de palier. Finalement, votre présence est une bénédiction. J’ai un rendez-vous très important dans vingt minutes. Maëlle qui se prend pour votre mère et pour la mienne est arrivée à l’improviste tout à l’heure. Pourriez-vous lui faire la conversation pendant que je me prépare ? Prenez autant de café que vous voulez et servez-vous dans le sac de viennoiseries qu’elle a rapporté.

― Elle ne semble pas avoir toute sa tête. Vous la connaissez au moins ?

― Non… Enfin, si, enfin pas vraiment… S’il vous plaît.

― D’accord, je veux bien vous aider mais dépêchez-vous ! J’ai des cartons qui m’attendent.

― Je serai rapide, comptez sur moi.

― Et alors, tu ne finis pas ton café ? demande Maëlle en voyant la jeune femme se lever.

― Non, je vais suivre ton conseil, me préparer ! Bye, bye, doux nectar ! dit Margot en délaissant sa tasse des yeux avec nostalgie.

― Tu as raison ma Poupoune, je vais rester avec Kéké.

Kais réagit aussitôt en s’adressant à Margot

― Je suis comme vous, j’en apprends tous les jours.

Il ne pensait pas si bien dire.

Une fois sous la douche elle tourne le mitigeur. L’eau qui ruisselle sur sa peau détend ses muscles tendus. Elle soupire, souhaitant que tout l’épisode qui a précédé ce moment n’ait jamais existé.

Bam, bam, bam.

― Sortez, sortez tout de suite !

Les coups frappés à la porte de la salle de bain ne lui laissent même pas le temps de se savonner. Elle coupe l’eau précipitamment, enfile sa sortie de bain à toute allure et ouvre la porte sur un Kais complètement affolé.

― Vous avez bien parlé d’un Jacques tout à l’heure ?

― Oui, c’est son mari, où est le problème ?

― Il vient de lui téléphoner et elle ne l’a pas reconnu. Elle lui a raccroché au nez !!!

Margot réfléchit à toute vitesse. Sans café et sans douche digne de ce nom ses idées ont du mal à se mettre en place.

― C’est une bonne chose qu’il ait téléphoné, finit-elle par répondre. Arrangez-vous pour lui prendre son portable et rappeler Jacques pour l’informer de la situation.

― Mais j’ai pas envie de faire ça moi !

― Vous préférez l’avoir dans les pattes toute la journée ? Non. La solution qui s’offre à nous c’est qu’il vienne la chercher !

Sur ces derniers mots, Margot referme sèchement la porte.

C’est habillée, cette fois, que la jeune femme reparaît. Maëlle est installée sur le canapé, seule.

― Où est Kais… heu, je veux dire Thomas ? demande-t-elle en panique.

― Il a paru vexé quand je lui ai reparlé de l’histoire de son petit Kéké, dit Maëlle en souriant à pleines dents. Il a pris mon téléphone pour en discuter avec papa.

― Ben je vois que t’as fait dans la finesse ! Et il est où là ?

― Il est reparti chez lui. Il voulait être seul pour parler d’homme à homme, tu sais comme ils sont.

― Regarde l’heure, ronronne Grishka, tu vas être en retard à ton rendez-vous. Va lui trouver une occupation chez le voisin. Il sera sûrement ravi d’avoir des bras pour l’aider dans son nouvel appartement.

7H53. Elle n’a plus le temps de tergiverser, son chat a raison.

― C’est un vrai moulin à ronron ce greffier, dit Maëlle. Il n’arrête pas…

― Oui, il est très câlin. J’ai une idée, si tu veux savoir de quoi parlent Jacques et Kéké pourquoi tu n’irais pas lui proposer ton aide pour déballer ses cartons ? Allez, viens, on y va, enchaîne la jeune femme en se dirigeant vers l’entrée.

― Ça va pas être possible, là, dit Thomas dans l’embrasure de la porte que Maëlle avait forcée de l’épaule pour se frayer un chemin dans l’appartement. J’ai appelé Jacques, comme vous me l’avez demandé et devinez ? Il n’expose pas à Paris. D’ailleurs, en ce moment, il n’expose pas tout court.

– Okay. Bon. Je comprends que la situation soit compliquée pour vous. Elle l’est encore plus pour moi, croyez-moi. Vous n’avez que des cartons à déballer, moi j’ai un entretien dans les minutes qui arrivent ! Occupez-vous d’elle pendant une petite heure, le temps de mon rendez-vous. Après je prends le relais et vous me raconterez tout ce que Jacques vous a dit.

– Mais non.

– Mais si, si, je vous invite au restau au coin de la rue pour me faire pardonner et vous remercier. Un libanais, vous m’en direz des nouvelles. Vous n’aurez pas le temps de cuisiner aujourd’hui de toute façon.

– Un libanais, c’est très bon ça, j’adore le libanais !

– Oui, c’est ça Maëlle. Je reviens te chercher toute à l’heure.

La jeune femme retourne chez elle sans écouter les protestations de son voisin. Elle allume son ordinateur et se prépare mentalement à négocier son contrat. Elle souffle un bon coup en espérant de toutes ses forces ne pas être dérangée pendant sa visio puis accepte l’appel Skype qui s’affiche à l’écran.

 

    Épisode 4

Par Coryne Vezien sur les idées de Milie, Marylin et Isabelle Minibulle 

– Vous ? S’exclament-ils simultanément en se découvrant sur leur ordinateur respectif.

Le chat riait dans sa moustache et vint se poser sur les genoux de la jeune femme en ronronnant.

– C’est vous mon client ?

– Franchement, avec tous ces cartons, et notre soi-disant mère qui ne me lâche pas, j’ai bien cru que je n’allais pas pouvoir me connecter.  Et si on se parlait face à face plutôt que par Internet ? Venez, je vous attends. Sur ces mots, Kais coupe la visioconférence.

– Cette fois c’est lui qui ne te laisse pas le choix, dit Grishka en regardant la jeune femme.  Je trouve cette journée de plus en plus intéressante.
Il sauta sur le parquet et fila vers la porte, il ne voulait rien rater de ce qui allait suivre.

— Je vois que vous amenez de la compagnie ?

— Oui, mon chat aime mettre son nez partout aujourd’hui, dit-elle, sur un ton faussement agacé à l’attention du matou. Où est Maelle ? demande Margot en la cherchant des yeux dans la pièce envahi de cartons.

— Ho ! Je lui ai trouvé une occupation pour ne pas manquer mon, enfin notre rendez-vous.

— Une occupation ? Vous lui avez donné la notice pour monter vos meubles ? demande amusée la jeune femme

— J’ai surtout fait au plus pressé, éclate de rire Kais en désignant la pièce à côté. Un simple cahier, un stylo et des kilos de livres à lister par auteur et par titre…

Margot sourit à cette idée ingénieuse puis reprend plus sérieuse :

— Sans vouloir être désagréable, vous ne pensez pas qu’il serait judicieux de faire l’entretien chez moi. Je veux dire, niveau confort… on serait mieux installés…

— Je ne suis pas contre mais votre loft n’est pas vraiment propice à l’intimité nécessaire pour l’entretien. Vous imaginez Maelle par dessus notre épaule pendant une heure alors qu’on parle boulot et contrat ? Et il est hors de question de la laisser toute seule chez moi.

Margot soupira. Son voisin, et potentiel client, a entièrement raison.

— Je suis vraiment désolée de vous avoir embarquée dans cette histoire, finit-elle par dire en prenant place sur le canapé, seul meuble de la pièce.

— Vous m’avez déjà promis un resto pour ça, répond Kais tout sourire. Écoutez, vous voyez que je ne suis pas franchement installé et de mon côté je sais que ce n’est pas franchement le moment pour vous de parler affaires ; je vous propose de remettre ça quand “maman” sera repartie, qu’en dites-vous ?

— J’en dis que c’est une excellente idée. À ce propos, vous savez si Jacques sera là rapidement pour venir la récupérer ?

— Il ne devrait plus tarder. Mon appel l’a rassuré, il était en train de retourner tout l’hôtel, où ils séjournent, pour essayer de la retrouver.

—Il ne vous a rien dit d’autre ?

— Excepté qu’il venait, à l’instant, d’apprendre que sa femme était montée dans un taxi, rien de plus. Il donnera sûrement plus d’explications quand il sera là.

— Oui vous avez raison. Bon, je vais la ramener chez moi. On vous a assez importuné comme ça, dit Margot en se dirigeant vers la porte d’entrée après avoir appelé Maelle.

Au moment de franchir la sortie, le chat se mit à entamer de nouveau une danse entre les jambes de la jeune femme. Margot perd l’équilibre pour la deuxième fois de la journée et pense s’affaler sur le sol quand Kais la rattrape au vol. En une seconde, ils se retrouvent dans les bras l’un de l’autre, Margot bien agrippée à son voisin.
Elle lance un regard furibond à Grishka, assit à quelques centimètres d’eux, et jure l’avoir vu lui faire un clin d’œil.

Avant de reprendre ses appuis une voix dans le couloir qui sépare les deux appartements se fait entendre.

— J’vois qu’t’as pas perdu de temps !

Margot lâche précipitamment Kais et fait face à Marc. Elle rougit de honte en voyant son visage empourpré de colère.

— Ce n’est pas ce que tu imagines. Marc, je te présente Kais, mon voisin. Kais, voici…

— Son copain !

— Mon EX copain, corrige la jeune femme en jetant un regard gêné à Kais.

— Oui, c’est ça. Son ex. J’suis venu récupérer l’reste de mes affaires. J’aurais dû prévenir, j’vois que j’tombe mal.

— Oui. Non. Allons-y ! lui répond Margot agacée.

Maelle avait attrapé le chat avant qu’il ne court se cacher.

― Allez mon grand, dépêche-toi ! dit celle-ci à Kais

― Je n’ai aucune raison de vous suivre. Et vous d’ailleurs…

― Aucune raison !!! Et qui va recevoir ce fameux Jacques dont tu m’as parlé ? Tu vois bien que Poupoune est occupée.

― Mais c’est pas vrai, c’est pas vrai, murmure Kais dépité en suivant celle qui avait perdu la raison dans le logement de Margot.

― Attendez ! Ne fermez pas ! Je viens chercher ma femme.

Kais, surpris et soulagé par cette nouvelle intervention, ouvre grand la porte pour laisser passer le Jacques tant attendu.

― Ha ben te voilà ! s’écrit Maelle la voix pleine de joie. Où étais-tu passé ? Je t’ai cherché partout !

― Tu le reconnais ? s’étonne aussitôt Margot.

― Évidemment que je le reconnais, c’est mon mari.

― Mais qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce qui t’as pris ? l’interroge Jacques. J’étais mort d’inquiétude.

― Vous en avez de la chance, nouveau voisin, enchaîne Marc à l’attention de Kais, elle vous a déjà présenté à ses parents. Je n’ai pas eu ce privilège.

― N’en rajoute pas s’il te plait, intervient Margot au bord de la crise de nerf.

― Laisse-moi t’expliquer, mon chéri, dit Maelle à son mari. Le Monsieur en costume c’est Alex…

― Marc, reprend l’intéressé.

― Marclex, continue Maelle, le libanais qui nous a invité à manger. Tu connais déjà Poupoune et Thomas. Tiens, il vient d’ailleurs de m’embaucher dans sa librairie.

— Et c’est reparti pour un tour, souffle Kais.

 

    Épisode 5

Par Coryne Vezien sur les idées de Isabelle, Milie, Marylin et Camille

Jacques, qui ne comprend pas un traitre mot de ce que lui dit sa femme, interroge Margot du regard.

— Hep hep hep ! Mon nom c’est Marc okay ? J’suis pas libanais et j’ai invité personne à manger !

— Calmez-vous, dit Kais. C’est un malentendu. Maelle est dans une période de confusion. Je ne m’appelle pas Thomas, je ne suis pas libraire et je ne suis pas son fils non plus pourtant elle est convaincue du contraire. Alors faites comme tout le monde ici et prenez sur vous.

— Le seul avantage de cette situation ubuesque reste la rencontre de voisinage.

Le silence fait place nette. Tout le monde se regarde. Qui venait de parler ?

— Y a quelqu’un d’autre ici ? Ton voisin te suffit pas, t’as encore un mec planqué quelque part ! s’énerve Marc.

Tous les regards sont braqués sur Margot qui fixe le sol de ses yeux embués de larmes. La honte subit par les propos de son ex compagnon et de son chat cumulée aux évènements de cette matinée fait craquer la jeune femme.

— Il était bien venu récupérer ses affaires celui-là, non ? crache Grishka laissant tout le monde interloqué.

— Oui. Tes affaires sont là, reprend Margot d’une voix faible à l’attention de Marc en désignant deux sacs plastiques près de la porte de la chambre.

— Et moi qui pensais que c’était les poubelles. J’ai bien fait de ne pas les descendre au local, s’empresse de dire Maelle.

— Non, stop, arrêtez, ça suffit là j’en peux plus, enchaîne Margot

— Oui, allons-nous-en et laissons-les régler leurs affaires, dit Jacques à l’attention de sa femme et de Kais.

Alors qu’il s’apprête à ouvrir la porte d’entrée, Marc le bouscule pour la refermer aussi sec.

— Ha mais non, c’est loin d’être terminé. J’sais pas c’qui s’passe ici mais c’est pas fini. Moi aussi j’t’ai ramené c’que t’as laissé chez moi et tout l’monde va en profiter.

Marc prend son sac à dos et l’ouvre devant lui. Il en sort une nuisette transparente à pois, que Margot s’empresse d’attraper en vitesse, bougonnant contre son ex. Un sourire sournois sur le visage il lance strings, soutiens gorges, boite de tampons et d’autres choses encore, plus gênantes les unes que les autres pour la jeune femme. Celle-ci se précipite pour les ramasser, rouge de honte et de fureur.

— Mais ça va pas ?! Arrête !

Kais, affligé devant tant d’agressivité, aide sa voisine à ramasser les sous-vêtements jetés en vrac dans l’appartement.

— C’est très mignon ça, dit Maelle en dépliant une culotte en dentelle qui était tombée près d’elle. Dommage que ce ne soit pas ma taille, je l’aurais volontiers achetée. Peut-être qu’une vendeuse pourrait me renseigner.

— Mais non ma chérie. C’est le modèle d’exposition. D’ailleurs Margot le range parce qu’il n’y en a plus en magasin, s’empresse de répondre Jacques qui comprend la situation et l’état de sa femme.

— Les sous-vêtements sont effectivement très jolis, enchaîne Kais en donnant à Margot ceux qu’il a dans les mains. Nous ne manquerons pas de vous faire part de notre nouvelle collection, ajoute-t-il avec un clin d’œil.

La jeune femme sourit, Kais part d’un rire franc suivi par Margot qu’il avait réussit à détendre.

Jacques profite de cette accalmie pour s’adresser à sa femme.

— Viens maintenant, on va rentrer tranquillement à l’hôtel et tu vas te reposer.

— Mais je ne suis pas fatiguée, j’ai faim et j’ai envie de danser.

Kais lève les yeux au ciel en regardant Margot.

— Mais oui, mais oui, lui dit Jacques, on va aller manger, ensuite on rentre à l’hôtel pour te changer. Tu ne vas pas aller danser en jooging.

— Ah bah oui, tu as raison.

C’est bras dessus bras dessous qu’ils quittèrent le loft.
Pendant ce temps, Marc qui pensait que son éclat de voix prendrait une toute autre tournure, ne peut s’empêcher de pester.

— Au tour de Marc Maintenant. Nous allons voir ce qu’il y a dans ces sacs plastiques…

— Touche pas à mes affaires ! répond ce dernier à Kais, prêt à en découdre.

— Vous en faites un bazar ! Je ne m’entends même plus ronronner, c’est un comble !

Excepté Margot, les deux hommes encore dans l’appartement avaient mis de côté cette étrangeté. Un chat qui parle relève plus de l’impossible que d’une hallucination collective.

— Toi Marc du balai. Oust ! Mon poil se dresse rien qu’à te regarder. Tu n’as jamais su me caresser correctement et tu me poussais aux fesses quand je n’allais pas assez vite à ton goût. Tu m’as même coincé la queue dans la porte et un jour tu m’as accroché une pince à linge.

Tout en parlant, Grishka se hérissait, ses moustaches frisaient, son dos s’arcboutait, ses oreilles se couchaient, ses yeux étincelaient…

— Tu lui as coincé la queue dans la porte ? Tu lui as accroché une pince à linge ? Mais t’es un monstre ! s’écrie Margot qui saisit l’animal et le caressa.

— Mais je rêve !!! Le chat parle ?

— Oui, je parle et toi tu vas dégager, je ne t’aime pas et tu n’as jamais aimé ma maîtresse, file.

Il sauta des bras de la jeune femme et grogna en doublant de volume.

Il n’en fallait pas davantage à Marc pour attraper ses sacs et prendre le chemin de la sortie à toute allure.

— Mais qu’est-ce qu’il se passe ici ?

— Maëlle ??? crièrent-ils tous en chœur sauf Grishka, un chat ne parle pas n’est-ce pas ?

— Elle a oublié son sac à main, dit Jacques gêné en refermant doucement la porte avant que Marc n’ait pu sortir.

— Où en es Marlex de ses préparatifs ? Il a du travail pour nous cuisiner son plat libanais favoris. Votre père va s’impatienter si nous traînons encore, c’est son anniversaire après-tout !

Margot, Kais, Marc et Jacques se regardent totalement désappointés.

— Vous en faites une tête, et si on buvait un coup ?

— Mais non ma pupuce, tu sais bien que tu ne tiens pas l’alcool.

— Ah bon ? s’étonne faussement Margot.

— Tu dis n’importe quoi, s’offusque Maelle.

— Rappelle-toi la dernière fois. Tu es restée planté pendant une demi-heure à parler à un panneau publicitaire.

A cette évocation tout le monde se met à rire, d’un rire forcé. Grishka se rapproche de sa maîtresse qui le prend dans ses bras.

— Tout va finir par s’arranger. Une journée ne dure que 24h…, lui ronronne-t-il à l’oreille.

À suivre…

 

 

 

 

Histoire participative où chaque épisode est créé avec les idées soumises par les internautes.
Un e-book gratuit, incluant le nom et le lien du site de chaque participant, sera proposé en téléchargement sur le blog quand l’histoire sera terminée.

 

 

    Épisode 6

Longue absence pour raison d’écrits qui accaparent tout mon stylo.

 

 

 

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22 commentaires / Quel est ton avis sur cet article ?

  1. Oulala. Elle est vraiment géniale cette histoire. Comme quoi: il y a plus dans plusieurs têtes que dans 1. Bravo tout le monde. Cest la fin qu’on cherche où on a encore une petite marge?

    1. Whaou merci Antoinette 🙂 Tu fais partie du “tout le monde”, t’as contribué aussi 😉
      Je ne pense pas qu’on en soit déjà au finish, l’histoire se construit au fur et à mesure. Je laisse les idées suivre leur cours et on verra où ça nous mène…

      1. J’ai bien envie de dire… “La folle JOURNÉE DE MARGOT”, étant donné que nous en sommes presques au déjeuner… il nous reste quelques chapitres avant son coucher 😉

    1. Tu me rassures louloute, j’ai eu un mal fou à faire couler l’encre pour cet épisode. Il fallait rester cohérent dans l’espace temps et trouver une chute pour la fin. J’espère qu’on va réussir à rebondir pour la suite…

  2. ton idée de mélanger les 3 propositions est super … et généreuse !!! Mais là plus aucuns de mes fils ne se relient à ta toile 😉 !!!!… Je passe mon tour …. et viendrai lire la suite !!

    1. 😀 Je sais pas ce que tu en penses mais je crois que Maelle joue un rôle important. Merci de l’avoir propulser dans l’histoire.
      La journée de Margot ne fait que démarrer lol je sais pas à quoi je dois m’attendre :’-)

  3. Chouette idée ! Et mettre en avant tous ceux qui participent d’une façon ou d’une autre à la fin c’est vraiment génial. Merci pour ta générosité.

    1. Merci Marylin 🙂 J’ai eu l’envie, pour ne pas dire le besoin, de créer quelque chose de vivant. C’est chose faite 😉

La parole est à toi :)

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